Les liens entre Lille, le Conseil Régional et la région de St Louis sont déja anciens. Une structure gère ces échanges : Le Partenariat , installé à Faches-Thumesnil dans des locaux où a été recréé un village sénégalais. C'est un lieu idéal pour permettre à des enfants, des jeunes, et même des adultes d'être introduits aux problématiques du développement.
Cette année Le Partenariat s'est particulièrement impliqué dans la promotion des objectifs du millénaire, élaborés par l'ONU, en phase avec des organisations étrangères qui poursuivent le même but. Des fonds européens ont été débloqués pour toucher un public-cible : les enseignants, de 6 pays différents : France, Belgique, Angleterre, Inde, Pologne, République Thèque. A charge pour ces enseignants de tirer profit de leur expérience africaine pour en faire profiter à leur tour les élèves et les motiver autour de ces objectifs du millénaire.
Comment voir ce qu'on voit ?
J'arrivais en Afrique relativement "bien préparé", du moins le croyais-je, ayant pris la précaution de beaucoup lire sur la question, à travers tout type de presse (africaine ou pas), fréquentant les sites internet africains, lisant les romans sénégalais pour comprendre la culture... Bref, je me croyais prêt.
Or, au soir du premier jour à Dakar, j'étais sous le choc ! Et je n'étais pas le seul, à en juger par des propos entendus. C'était donc ça une grande capitale africaine comme Dakar ? (Il doit arriver une avanie de ce genre aux immigrants qui débarquent chez nous dans la banlieue parisienne...) Les livres servent-ils si mal la réalité où ne voulais-je pas la comprendre ? A vrai dire chaque livre, chaque documentaire a sa grille de lecture, tamis qui retient les éléments jugés significatifs et laisse passer les autres, plus fins ou différents...
Tout en m'en défendant, j'avais posé les pieds sur ce continent plein du mythe de l'Afrique éternelle : grands espaces, forte présence de la nature, des ethnies aux cultures typées, etc...C'est le conte africain que nous nous récitons ! Rien de plus qu'un livre d'images... Et je débarquai dans une immense ville où me semblait régner la confusion...
On a beau avoir eu des vérités chiffrées en main, vu des émissions de télé, surfé sur le web, s'être dé-niaisé autant que possible, on arrive avec une formidable naïveté, celle de l'enfant qu'on a été, qu'on est toujours ! A une Afrique de carte postale s'opposait l'Afrique réelle, déconcertante...
Fatou, une amie dakaroise, m'avait pourtant prévenu : "vous ne voyez que nos plaies". Je m'étais donc dit : "pas moi !". Je m'étais promis que je verrai autre chose, et je n'ai d'abord vu... que les plaies !!!
Un essaim de perceptions incongrues et dérangeantes s'est abattu sur moi et j'ai fait de suite une éruption.... Lorsque toutes ces réactions épidermiques se sont calmées, j'ai pu commencer à apercevoir autre chose...
Ca allait déjà mieux au bout d'une semaine...
Et puis, on ne comprend pas forcément tout de suite ce qu'on a vu... Il y avait tant à voir pour un "bleu" comme moi...
Si mes ami(e)s sénégalais(es) ont la patience de lire les longues notes qui suivent, je les prie humblement de ne pas se laisser rebuter par le début qui leur paraîtra comme un catalogue de "plaies"... Le ton et le regard changent ensuite.
Compte-tenu des difficultés qui sont les siennes, l'Afrique rencontrée au Sénégal me paraît au fond plutôt pleine de santé, pour autant que je puisse en juger à travers cette courte mais riche expérience sénégalaise. L'Afrique fait beaucoup avec si peu, c'en est stupéfiant ... Je suis revenu admiratif...
JOURNAL DE VOYAGE
Samedi 11 avrilDans l'avion, tentative pour engager la conversation avec un voisin sénégalais qui marmotte des versets lus en arabe. Je lui demande quels versets du Coran il lit. Il m'indique que ce ne sont pas des versets du Coran mais des formules propitiatoires de Bamba, le fondateur du mouridisme. Il me dit ne pas maîtriser suffisamment le français pour en discuter. La conversation tourne court.
DAKAR, 12 avril
Dakar est une ville sèche. On s'en rend compte dès la descente en avion sur la ville : tons ocres, jaunes et bruns, peu d'arbres.
 Nous ne voyons pas le centre ville mais gagnons de suite la banlieue. Impression immédiatement désolante : saleté, poussière, laideur des constructions, urbanisme anarchique...Des pâtés de maisons inachevées saignés par de grandes pénétrantes où confluent tant bien que mal des milliers de voitures souvent cabossées, au comportement imprévisible, entre lesquelles se faufilent des charrettes tirées par des ânes ou des chevaux, doués d'un solide tempérament. Individualisme forcené sur la route. Pas de code la route qui vaille. Il paraît que l'on peut acheter son permis ici ... Accrochages, engueulades, mais sans méchanceté... Les piétons ont intérêt à faire attention, surtout les innombrables vendeurs à la criée qui attendent le feu rouge pour proposer leurs sachets de mandarines, de biscuits, des cartes Orange, leurs porte-manteaux, des sodas, des cacahuètes, des montres, des lunettes de soleil... Ces jeunes, chez nous en classe, sont ici au turbin...Moins d'un sur 2 sont scolarisés dans ce pays.  Beaucoup de trottoirs sont de véritables bazars : installations de bric et de broc, posées n'importe où par les vendeurs, abris précaires où s'affaire une foule de tous âges sous l'oeil des vieux qui devisent assis sous une tôle ou à la porte des maisons. Pas d'espace public protégé.
 Innombrables taxis jaunes et noirs aux pots d'échappement particulièrement polluants. Ce sont les vieilles voitures de l'Europe qui font ici une deuxième ou troisième carrière ou qui sont mortes mais que la magie africaine ressuscite ! Rues poussiéreuses, sablonneuses et encombrées d'ordures, jonchées de crottes de biques. L'air, toujours en mouvement dans cette ville de bord de mer, est poivré d'odeurs coriaces. Ces pourrissements d'ordures sont scrutés par des petits hérons garde-boeufs pas farouches et des corbeaux-pie, à l'affût des insectes et asticots qui recyclent la matière organique. Les milans noirs qui tournoient dans le ciel guettent les déchets de poissons (on en mange ici tous les jours, il est bon marché) et sans doute les rongeurs. La prospérité des déchets ici passe l'entendement et nous stupéfait tous. Les sachets plastiques s'envolent partout et s'accrochent aux rares arbres de la ville. Désolante impression de négligence générale. Les mouches passent des crottes ou des ordures à l'étal du boucher ouvert sur le marché, la viande est exposée sans le moindre appareil de refroidissement, comme au Maroc. L'hygiène de base n'est même pas assurée. Les cuissons longues et les sauces pimentées ont leur raison d'être.
La capitale a ses routes principales goudronnées mais pas les rues adjacentes. Elle possède des parties modernes mais à d'autres endroits, elle tient du village voire même du campement nomade : bâtis improvisés n'importe où et pas fait pour durer, absence de soin dans la construction, sentiment de provisoire. Les chèvres, les ânes et les chevaux des nomades sont d'ailleurs partout visibles. A vrai dire, afflue ici une population d'origine rurale, pleine encore de son mode de vie campagnard. DAKAR grandit trop vite et apparemment de manière incontrôlée. 25% des 12 millions de sénégalais se concentrent sur le minuscule territoire de la capitale. Se déplacer dans cette ville est un vrai problème.
De prime abord ce qui semble manquer ici, c'est une régulation générale : la règle, l'ordre, la méthode dans la circulation, dans la construction, dans l'entretien de la ville... Sorte d'improvisation permanente de multiples acteurs, sans cadre, qui serait le bien public, l'intérêt général. Le policier gesticulant mais que personne n'écoute, aperçu sur un rond-point, symbolise-t-il cela : un ordre purement symbolique, mais pas réel ? Faut-il au contraire comprendre que, l'état, l'urbanité, la citoyenneté, étant des réalités récentes en Afrique subsaharienne, cet ordre est en gestation ? C'est plus probable. Les autorités responsables semblent pour l'instant en sous-capacité. Quelle en est la cause ?
Dès qu'on cherche à quitter la ville, DAKAR paraît une sorte de cancer dont la croissance provoque l'auto-asphyxie... L'absence de règles (respectées) d'urbanisme va provoquer de sérieux problèmes dans le futur : de Dakar à Rufisque, cordon de maisons le long des routes qui barre sur de grandes longueurs l'accès à l'arrière. Pas d'imposition efficace d'un plan de ville qui disciplinerait les initiatives particulières. Et encore moins très probablement de plan d'assainissement collectif. Dans beaucoup de quartiers on balance les eaux sales dans la rue...
Pauvreté mais activité. Foule industrieuse. Milliers d'enfants et de jeunes partout. Les garçons qui ne sont pas vendeurs ou artisans ou au lycée, tapent dans un ballon. Les petites filles ont déjà la coquetterie de leur mère et arborent de magnifiques tenues africaines. On croise partout des gens assis à l'ombre, menant une vie paisible de sage du quartier dirait-on. En fait la vie n'est facile pour personne ici mais on ne voit pas non plus de gens émaciés faisant pitié, ou qui ont l'air de se plaindre. Chacun affronte courageusement la vie apparemment.
Au terme de la première journée. Le choc avec la réalité est très fort. Que m'étais-je imaginé ?
Femmes.Avec les bougainvillées rouges, oranges, blanches, roses, escaladant les murs, ce sont les femmes qui mettent de la couleur dans cet univers ocre. D'où vient cette allure hiératique et fière qu'on décèle même chez beaucoup de jeunes filles ? Est-ce l'habitude de porter dès leur jeune âge quelque chose sur la tête ? Ou la nécessité de se composer une attitude de réserve et de dignité face à la convoitise masculine qui s'avoue ici encore plus directement qu'en Occident ? Au fur et à mesure que les journées passent , j'en viens à penser que c'est tout simplement le maintient digne qu'on doit aux autres... En tout cas la beauté des tissus africains est toujours stupéfiante autant que la capacité à concilier modernité et tradition dans les motifs ou les jeux de couleur. Les sénégalaises en jouent à la perfection.
Dakar 12 avrilCe matin pas d'eau dans tout le quartier. Il paraît que c'est fréquent ici. Pas de prise d'électricité dans la chambre. Le bâtiment qui nous héberge est inachevé. Les toilettes ferment à peine, les sanitaires sont déplorables. Il y a de l'internet. Dans la capitale, le contraire aurait été étonnant. Quel effet fracassant ce média va-t-il produire sur cette société ? Comment un jeune rural peut-il voir ça ? Assimilation ultra-rapide pour le meilleur et pour le pire ? Beaucoup de jeunes ont des téléphones mobiles dans la rue. 25%du territoire africain seraient déjà couverts par les antennes de téléphone mobile, pour internet c'est moins de 3%. Passage directement au mobile sans passer par le fixe.
Nous partons faire le tour du quartier.
Constructions.  La photo montre un immeuble en construction (étonnamment aveugle), mais pour la plupart, les maisons et les immeubles ne sont guère élevés dans ce quartier de banlieue, dit de "la patte d'oie", à 7 ou 8 kms du centre ville.
Fragilité du matériau de base : le parpaing "maison" (c'est le cas de le dire !). Il est fabriqué dans la rue, à même le sol par des jeunes très souvent. On leur amène un tas de sable et des sacs de ciment, ils ont des moules...ils font le mélange et laissent sécher au soleil. Ensuite empilement des parpaings secs à côté du chantier (voir photo). On voit de ces tas partout dans la ville. Leur qualité me semble laisser souvent à désirer : j'en ai vu beaucoup qui se perçaient , se trouaient, même sur des constructions récentes. L'aspect trop sablonneux ne trompe pas non plus. De quoi je conclus qu'on économise sur le ciment et qu'on y met trop de sable... Les maisons élevées en parpaings sont ensuite enduites d'une couche de ciment qui donne un aspect fini et solidifie l'ensemble. Le problème outre la qualité même du parpaing, c'est qu'on édifie des maisons sans toujours les poser sur une dalle de béton. C'est seulement le mur qui reçoit une fondation... Heureusement que cette partie de l'Afrique ne serait pas sujette aux tremblements de terre. Pourtant Dakar est construit sur un volcan ! Quelques demeures plus riches ont des façades recouvertes de faïences colorées. Peu de maisons peintes. Que le gris du béton en banlieue. Pas de superflu : trop cher. Mais nos banlieues de gand-ville sont-elles plus gaies ?  Le style des maisons évoque un peu l'architecture arabe (arcades); les balcons rompent souvent la monotonie de la façade, mais pour la plupart, les maisons sont très simples : pas de fioritures qui coûteraient cher. Ces maisons sont-elles construites autour d'un espace intérieur comme les maisons marocaines ? A découvrir. Mais la clôture paraît mal correspondre au tempérament ouvert des africains et les femmes d'ici ne sont pas recluses. Du côté du stade Léopold Sédar Senghor, le plus grand du pays, on voit la ville se construire sous  différentes modalités : des cabanes insalubres et précaires de probables marchands de bétail, des maisons particulières construites avec le minimum, et ...un tout nouveau lotissement flambant neuf qui pourrait être la réponse des autorités à l'anarchie urbaine : ici c'est tout le quartier qui est pensé d'emblée avec la bonne fonctionnalité de la voirie, des plans de rue plus conformes aux besoins de la circulation urbaine. L'aspect est pimpant. Pour les classes moyennes sans doute. Nous rentrons dans le stade. A l'intérieur, très peu de monde, nous sommes un dimanche matin, mais quelques groupes de jeunes sportifs s'entraînent sous la houlette de profs. Nous apprenons que les jeunes sont plus ou moins handicapés et que les profs les entraînent bénévolement.  Partout du petit commerce (alimentaire, tissus, artisanat...) de petits services (photocopie, coiffure, ..), économie boutiquière dans les interstices de laquelle s'insère une micro-économie de survie : vendeurs individuels de porte-manteaux, de cartes de téléphones, de bananes... Exigüité extrême des boutiques posées au bord du trottoir : une simple petite pièce de 3mx4m suffit souvent. De très nombreux commerces sont toujours ouverts à 11h du soir. Ici on travaille tard. Très peu d'arbres dans ce quartier de banlieue. Et ceux qui s'y trouvent ont leurs feuilles ternies par une pellicule grisâtre de poussière qui entrave à coup sûr la photosynthèse. L'absence de macadam dans les rues laisse à disposition du vent des tonnes d'une poussière qui s'insinue dans les maisons, mais dès qu'un espace abrite le végétal et qu'il y est soigné, abreuvé, le jardin peut devenir un miracle de formes et de couleurs. Ainsi le lieu qui nous héberge est très beau, coloré par d'éclatantes bougainvillées roses, orange, blanches, où retentissent le matin les notes du bulbul des jardins et d'autres petits passereaux inconnus...
Route Dakar Thiès.Toujours cette impression de provisoire, d'instable... de paysage en recomposition rapide livré à l'initiative individuelle... Ce pays se bâtit de partout. Les entrepreneurs en matériaux de construction et en bâtiment doivent faire fortune. 13 avril - THIESNous venons ici découvrir les problèmes écologiques posés par la dégradation du couvert forestier autour de la ville à travers la présentation qu'en fait le GRAIM (Groupe de Recherche et d'Appui aux Initiatives Mutualistes).  La fonction écologique des forêts environnantes avait été bien pressentie par le colonisateur qui, du coup, avait placé sous protection administrative lesdites forêts. L'abattage était interdit. Il s'avère que le plateau de Thiès est une légère éminence (125m) qui sert de château d'eau à toute la région (1500 km²) et cela sur trois bassins. 700 000 habitants vivent sur ce secteur dont 500 000 à Thiès. Les bassins-versants concernés sont vitaux pour l'économie du pays :
- celui de Mont-Roland et de Pout (nord-ouest) fournit plus de la moitié de la production horticole du Sénégal et nourrit de nombreuses têtes de bétail.
- Au sud, vers la mer : bassin de kissane
- A l'est des crêtes : bassin de Thiès / Fandène, zone de production des céréales et de l'arachide en saison des pluies. . 60% de la surface sont détenus par de très petites exploitations familiales (de 0,5 à 5 ha). Les marabouts possèdent au contraire de très grands domaines de plusieurs milliers d'ha. Pour ceux qui n'ont rien, le marabout ferait un peu office de "sécurité sociale" : il offre en contre-partie d'heures de travail, un toit et de la nourriture. Mais quelle allégeance résulte du service rendu ? On peut imaginer que des marabouts puissants peuvent influencer le résultat d'élections locales, régionales, nationales... Il serait intéressant d'évaluer leur influence réelle... sans paranoïa.

Le piémont à l'ouest est riche en minéraux : phosphates, basalte, calcaire (ressource pour le ciment) et attapulgite (granulats pour la construction). Cette ressource a déterminé l'implantation d'une cinquantaine d'établissements d'extraction qui mitent les zones protégées (entrepreneurs peu scrupuleux menant une politique de fait accompli, associés à hommes politiques vénaux). La volatilité des poussières affecte aussi bien les poumons des riverains sous le vent que la photosynthèse végétale. les installations industrielles et la voirie qui y mène grignotent les réserves forestières. Clairement, l'extraction concurrence la préservation de l'environnement. La forêt examinée sur le terrain est dans un état lamentable : ce n'est même plus une forêt mais un maquis bas très dégradé qui protège mal le sol. En saison des pluies, celui-ci est exposé aux ravinements de pente et donc au décapage du sol. Dès lors, les formations végétales sont déchaussées et ne peuvent plus que s'appauvrir. Conséquemment, la fonction infiltration se fait de moins en moins bien et les inondations de Thiès, la ville voisine, se font récurrentes... Des tentatives de barrages sont visibles pour ralentir l'eau et l'infiltrer... 
Facteur aggravant, des paysans du secteur viennent couper du bois dans les forêts : l'Afrique fait sa cuisine au charbon de bois. Des marchands viennent ici s'approvisionner sans scrupules pour revendre le charbon de bois en ville.... Des chèvres parcourent l'espace boisé et continuent le massacre. La sécheresse des années 70 / 80 est-elle la cause originelle ? En tout cas le réchauffement global joint aux facteurs mentionnés, rend la situation hautement critique. Il y a 30 ans encore des hyènes chassaient ici, et un siècle en arrière, on y trouvait des éléphants !
La pression humaine sur le milieu est sans doute très forte : à aucun moment nous n'avons aperçu de faune sauvage dans le secteur.
Les zones de réserve appartenant à l'état, on pourrait attendre qu'il assure leur protection, or il est incapable d'arbitrer en faveur de l'écologie. "L'état n'a pas de politique environnementale claire", nous disent les sénégalais. Les collectivités locales sont censées mettre en place une politique de gestion de l'environnement. Elles ont pour cela la compétence juridique et administrative, mais à l'image de l'état, elles ne font rien. Elles semblent encore très peu conscientes. Quant à la population, elle l'est encore moins... Pas de culture écologique de masse ici...
L'équipe sénégalaise de l'ONG de Thiès constate une "absence de synergie entre les acteurs multiples qui interagissent localement". Ils parlent d'un "dysfonctionnement écologique, sociétal, économique". De là leur ambition : mettre en place une plate-forme des acteurs, coordonner leurs actions avec la volonté de forcer l'état à mettre en place un schéma directeur d'aménagement du plateau de Thiès. Ils essayent de solidariser les acteurs locaux y compris les services de l'état.
Leurs axes de travail :
- la recherche (délimiter les zones géographiques pertinentes, comprendre les phénomènes)
- Communiquer (conscientiser les acteurs locaux)
- valoriser les initiatives (appui aux bonnes initiatives agricoles, à l'organisation dans les villages, appui aux acteurs écologiques)
- organisation/ coordination ( diagnostic commun, plan d'action commun, structuration de pôles d'acteurs)
en savoir plus sur leur site conclusion : Rencontre intéressante avec des acteurs locaux qui croient en ce qu'ils font. Les questions d'environnement sont perçues dans leur complexité jusqu'aux composantes socio-politiques. Enorme attente d'un pouvoir politique plus responsable, mieux éclairé, plus moderne. Pour autant, ils se déclarent convaincus que la capacité de se transformer viendra du bas : de la société elle-même et non des élites auxquelles il faudra plutôt imposer des rapports de force constructifs. A vrai dire toute évolution de la société n'en passe-t-elle par là ? Ici comme chez nous. L'équipe locale n'a encore qu'une connaissance générale du milieu et ne dispose pas des outils de base : inventaires floristique et faunistique, connaissance des techniques de remédiation déjà éprouvées ailleurs. Ensuite, repas collectif dans une arrière-cour ombragée par des acacias. Plaisir de manger le thiéboudiène, plat national à partir de riz, de poisson, de racines de manioc, de piment, d'oeufs de poisson, de carottes... Le ventre du poisson éviscéré (délicieux) est farci d'un mélange d'herbes fortes mais bonnes. (lesquelles ?) Le temps est beau sans être d'une écrasante chaleur. On doit être autour de 25°. C'est une surprise pour nous. Des chats dorment en haut des murs. Les femmes s'affairent pour servir et desservir la nourriture. Jamais d'hommes à la cuisine dans ce pays. Elles passent finalement le thé, très fort et très sucré. La coutume est normalement d'en prendre 3, du plus fort au plus léger. Avant de partir, Ajit (Inde) propose que soient examinées d'autres utilisations possibles de la forêt, à l'exemple de ce qu'ils font dans sa région en Inde (région du JARKHAND dans l'est de l'Inde): l'association d'un insecte et d'un arbre permet de produire qqchose (à préciser) dont les paysans tirent bénéfice... De mon côté je dois chercher toute la doc utile sur la remédiation écologique et les outils d'identification de la flore. Ensuite longue course en bus vers St Louis. Défile alors une immense plaine parallèle au littoral. Du côté de Thiès les arbres sont encore bien présents : baobabs caractéristiques, palmiers.. Nous voyons même une zone fraîchement reboisée (mais dans quel but ? culture de palmiers à huile, protection du sol , verger ?). Ensuite le paysage se "sahélise" : paysage plat et sec piqué d'acacias et de buissons épineux, n'ombrageant guère une herbe brune et rare que prospectent des biquettes et les ânes. Comment un sol si pauvre nourrit-il les gens ? il faudrait voir que que ça donne à la saison des pluies de juin à octobre. De loin en loin, des villages. Parfois on aperçoit dans cette solitude une silhouette isolée surgie de nulle part marchant sous le soleil. C'est une femme qui porte du bois sur la tête, ou un enfant qui pousse un âne... Il y a donc des cabanes, des huttes, des cases isolées dans ce paysage. Pas tant isolées que ça à vrai dire : la route sert de cordon ombilical et nourricier pour ces populations. Côté Far-Ouest : paysage naturel immense, peu peuplé apparemment, avec des gens qui attendent au bord des routes qu'on les prenne, à moins qu'ils ne proposent les produits de leur concession.

14 avril - St Louis

Il n'y a que quelques jours que nous sommes là, mais je sens en moi un malentendu, un ratage ... Comment voir autre chose que ce qui manque ? Comment évincer le "ce qui ne va pas" du voyageur occidental qui l'empêche de percevoir la positivité de ces lieux et de cette société ...
Essayer de désamorcer les réflexes mentaux.
Se détendre, se laisser porter par le quotidien, se couler dans le bon usage du temps et des opportunités, à l'africaine ... Se débarrasser du "scanner mental " comparateur qui fonctionne avec ses critères réducteurs et en méconnait d'autres, peut-être plus pertinents... Car ici aussi on vit heureux , plus que chez nous...
S'attacher à la beauté de ce qui existe : la majesté du fleuve, le paysage étale qui porte l'île au loin et ses maisons colorées, l'animation de la foule, le sens de la débrouille, la volonté de s'en sortir, l'énergie de vivre, la multitude des visages, le regard curieux et ouvert des enfants, la bienveillance spontanée des gens...Peuple jeune, dynamique, actif, gai...
La ville colonialeSt Louis a été longtemps la capitale de l'Afrique occidentale française avant que Dakar ne prenne sa place comme tête administrative du pays. Outre cette curieuse situation de la ville placée entre deux bras du fleuve, il reste à St Louis l' architecture particulière des anciennes villes coloniales qui a justifié en 2000 le classement "patrimoine mondial" par l'Unesco. La valeur touristique du site est évidemment perçue par les édiles, mais on est encore loin de sa mise en valeur. Une bonne partie de ce patrimoine s'écroulera avant d'être sauvé. La ville a d'autres priorités. En savoir plus
14 avril : Port de St Louis / quartier des pêcheurs Pas question de s'y rendre seul nous a-t-on prévenus. GUENDAR, Le quartier des pêcheurs est serré à l'étroit sur 250m de large entre deux eaux : le fleuve Sénégal d'un côté et la mer de l'autre. C'est la Langue de Barbarie. Il recouvre 137 ha. La densité y est extrême : 642 ha/km² La vie y est précaire, l'agitation intense. L'espace est saturé par une foule de gens et les camions mareyeurs. Le commerce du poisson est vital pour tout le pays et on exporte dans les pays voisins.
Le responsable de la communauté (élu chef du conseil du quartier) nous accueille. Ici, le matériel est vieux et inadéquat mais l'homme est moderne : le mobile souvent à l'oreille. C'est une locomotive. Il est respecté et écouté.
Au bord de la mer, le spectacle qui s'offre à nous est surprenant : sur des centaines de mètres carrés, près des bateaux qui déchargent, c'est un amoncellement de petites tables à claies pour poser le poisson, des bacs faits de vieux fûts de récupération, des paniers à poissons, de bacs en plastique contenant la dernière pêche...et un grouillement d'hommes et de femmes autour... 
Nous nous approchons d'un groupe de femmes qui trient les poissons d'un tas. Il y en a de toutes tailles. C'est là le problème : le chef nous indique que les filets ne sont pas suffisamment sélectifs et ramènent aussi un menu fretin qui sera perdu... Le matériel de pêche coûte cher : un moteur : 2 millions de francs cfa, une pirogue : 4 M, les filets pour un bateau : 6 M... Pas de coopérative pour acheter le matériel, mais un embryon d'organisation collective tout de même : l'association du quartier des pêcheurs a acheté l'an dernier 20 moteurs marins, remis aux plus faibles économiquement.

Le chef du quartier fait état d'un différend persistant avec la Mauritanie : 10 à 15 000 pêcheurs seraient retenus prisonniers en Mauritanie pour avoir pêché dans les eaux territoriales de ce pays.
Plainte :'"Nous sommes laissés à nous-mêmes. Les pêcheurs sont malades : 42% ont le paludisme"... Autre son de cloche entendu du même personnage: "l'état ne doit pas tout faire", il est temps qu'on mette la main à la pâte".
Plusieurs associations de pêcheurs divisent la communauté. Il n'est pas facile de les organiser et de les faire travailler ensemble : le pêcheur est plutôt individualiste par nature. 62% sont analphabètes, 31% du niveau primaire. Il y a des susceptibilités à l'égard des gens instruits. Les exigences de modernisation apparaissent "toubab" (c'est-à-dire "venant des blancs"). Tout de même, les prix sont concertés entre les pêcheurs pour éviter le "dumping". Conscience que pour interpeller le gouvernement il faut un interlocuteur valable. Ils cherchent à créer cette compétence.
Les pêcheurs réclament le draguage de l'embouchure du fleuve, car les bancs de sable qui s'y trouvent rendent le retour au port dangereux. 30 morts depuis janvier !
Les femmes transformatrices de poisson200 ou 300 femmes travaillent ici dans une odeur de poisson éprouvante pour nos narines !  L'absence de règles d'hygiène nous saute à nouveau aux yeux... ! Tout est éviscéré sous le soleil d'Afrique : insalubrité, vétusté du matériel, les conditions de travail sont dures ! Une fois débarqués, les poissons destinés à l'expédition, sont plongés dans une saumure pendant 3 jours, puis mis à sécher. D'autres seront fumés. Une ONG espagnole aide les femmes. Dans un bâtiment proche, une salle de classe a été aménagée au premier étage, avec équipement informatique, grâce au partenariat avec Lille (hommage). Cela sécurise les femmes de savoir leurs enfants proches d'elles et en train d'apprendre. Une patronne conduit la communauté des femmes qui travaillent le poisson. Elle a 56 ans et travaille ici depuis l'âge de 8 ans. Cette courageuse femme a l'air fatiguée (elle ne quitte jamais avant 10h du soir, parfois minuit), mais elle impressionne par sa volonté. "je me réjouis de votre visite. Les femmes sont contentes d'être visitées par des gens qui viennent de loin et qui apportent leur expertise pour nous aider", "Vous allez voir nos difficultés et probablement que vous nous aiderez".Outre l'alimentation humaine, le poisson est utilisé pour le bétail (rebus) ... et les têtes séchées, comme combustible pour fumer le poisson (nous le verrons dans une autre installation de transformation plus moderne).
La situation est meilleure pour un autre groupes de femmes qui bénéficient en effet d'une installation beaucoup plus fonctionnelle, avec des fours à sécher, des préaux, un bâtiment en dur, de l'espace pour circuler... Elle est un peu excentrée, est-ce la raison pour laquelle, les femmes transformatrices ne sont pas plus nombreuses à avoir rejoint ce site pourtant plus confortable ? Le patron des pêcheurs est lui-même perplexe...  Chaque femme bosse pour son propre compte même si le lieu est utilisé en commun. C'est souvent le poisson pêché par le mari qui est vendu. Le surplus non vendu est racheté par la patronne qui exporte (Ghana par ex.); Fonctionnement à préciser, Ai-je bien compris ?
Pour de nombreux pays africains, la protéine animale tirée du poisson est vitale. La viande est inabordable pour la plupart des sénégalais qui doivent vivre avec moins d'un euro par jour.
Besoins exprimés : nouvelles tables et nouveaux bacs (celles-ci sont branlantes et crasseuses), des cheminenents (trop étroits), et même : un site Web , pour faire connaître leurs réalités et leurs besoins !
Le chef du conseil de quartier nous indique que les femmes qui travaillent ici (400 selon lui) "tirent leur épingle du jeu". Selon la saison, la caisse de poisson débarquée est vendue de 1000 à 2500 cfa (c'est dérisoire ! chiffre à vérifier !). On en tire 20 kg de produit fini, vendu 4000 à 5000 cfa. Bénéfice des femmes : 1000 cfa. Une travailleuse peut traiter de 2 à 8 caisses de poisson par jour. Une a même fait une fois 30 caisses !
Rencontre avec l'inspecteur de la pêche dans la région de St Louis Son exposé montre que les problèmes des professionnels de la pêche sont bien connus des services de l'état. Il insiste sur la raréfaction de la ressource (abus des grandes pêcheries industrielles), l'accroissement fort du nombre de pêcheurs, la vétusté des installations de débarquement et de traitement du poisson, les problèmes liés à l'écologie du fleuve, mais quand nous faisons état de la tension entre les attentes des pêcheurs et l'apparent immobilisme de l'état, il botte en touche... Pas de calendrier prévisionnel de réalisation ni indication d'un montant de fonds à consacrer à ces chantiers... Ils "attendent un accord avec la Mauritanie" pour les 5 ans à venir, dans le cadre de l'OMVS*.
Pour approfondir :
Documents intéressants trouvés sur le site d' ENDA PROSPECTIVE DIALOGUES POLITIQUE (ENDA = Environnement et développement du tiers-monde, en savoir plus) :
Mercredi 15 avril - St Louis
Le quartier de Diaguamène et l'association de développement du quartier.
Née au lendemain des inondations de St Louis en 2001, cette association (150 membres) est le creuset où cherche à se former une conscience citoyenne capable d'impulser des projets aussi bien que d'être l'interlocuteur de la municipalité. Elle résulte de la volonté des habitants du quartier de se prendre en main dans plusieurs domaines : la santé (projet contre le SIDA par ex), le social, l'emploi, la lutte contre la pauvreté. D'une manière générale, elle promeut une dynamique de développement.
L'association met l'accent sur la formation des jeunes ou des adultes. En plus de l'école de quartier, elle a mis en place diverses formations : formation de moniteur de colonie de vacances, de patronnage, confection d'habits, teinture (technique du batik), alphabétisation des femmes (l'association regroupe l'essentiel des jeunes filles démunies du quartier), des cours d'hygiène, des activités de vacances.
Certaines de ces activités génèrent des revenus (couture, teinture, fabrication de pommades, de savon). A terme, ils visent la création d'une entreprise qui fabriquerait et commercialiserait les produits tout en générant de l'emploi pour les jeunes filles (photo ci-contre) aujourd'hui en apprentissage. Nous faisons quelques emplettes.
Autres actions : reboisement, initiation au micro-jardinage, à l'hygiène. Nette volonté de prendre en charge les questions d'environnement : projet de mettre une poubelle dans chaque maison (!). "L'état et la municipalité ne nous viennent pas en aide" nous fait-on savoir. Une antienne qui revient souvent pendant ce séjour

L'initiation à la micro-culture permet à des femmes d'améliorer l'ordinaire des repas ou de générer un peu de revenu par la revente. Ce sont des légumes-feuilles essentiellement qui sont cultivés sur de petits caissons surélevés à partir d'un substrat de copeaux et d'engrais organiques.
Nous visitons la petite école mise en place au coeur du quartier (10 000 habitants) avec les moyens du bord par cette association. Les locaux sont loués (50 000 cfa/mois soit 80€). Budget de fonctionnement global : 1,2 à 1,5 million de francs CFA. 3 sections se répartissent 110 élèves dont 76 filles : petite section de 1 à 2 ans (!), moyenne section de 2 à 3 ans, et grande section de 3 à 5 ans. Les élèves portent une sorte de chasuble au nom de l'école. Ils viennent à l'école en alternance pour se partager le temps d'enseignement, les locaux ne pouvant accueillir tout le monde en même temps.
La rencontre est émouvante pour plusieurs raisons : le vieux directeur est un homme chaleureux et dévoué qui, à plus de 70 ans, a accepté de reprendre du service pour encadrer des institutrices formées conjointement par l'association et l'Education nationale. 3 autres jeunes femmes du quartier viennent en appoint. C'est aussi une manière d'aider ces femmes que de leur octroyer une responsabilité et une petite "motivation" (= une indemnité de 20 000 cfa, soit près de 30€/mois) ainsi appelée parce que la modicité de la somme interdit qu'on l'appelle "salaire".
A notre arrivée, les enfants se lèvent et chantent une comptine française. Au tableau : de l'arabe, du français, de l'anglais... Les locaux sont minuscules. Ici ils manquent de tout, mais le coeur y est... Ces beaux enfants aux grands yeux ouverts sur les étrangers blancs de passage sont craquants... Nous sortons de la rencontre bouleversés. Le directeur insiste pour que nous mettions un mot dans son "livre d'or", un cahier d'écolier. Il nous dit que c'est sa joie de le relire de temps en temps. Que ne ferions-nous pas pour ce vieux monsieur si digne et si dévoué ?
Il faut savoir que le pays est pour l'instant incapable de scolariser la totalité de sa jeune population (45% ont moins de 15 ans !). Moins d'un enfant sénégalais sur 2 va à l'école. Il arrive donc que des écoles (et même collèges) soient créées par des particuliers pour pallier la carence de l'état . Ces écoles privées sont donc nombreuses. Certaines font de l'argent en réclamant un droit d'entrée qui les réserve à une élite, d'autres donnent dans le social, comme celle-ci , et ne réclament qu'une modeste contribution : aux 116 enfants scolarisés ici on demande 2000 francs CFA par mois soit plus ou moins 3€. Sur ce nombre, 50 n'arrivent pas à payer (milieu pauvre de marchands, d'artisans). On ne leur ferme pas la porte pas pour autant.
La directrice de l'association voudrait bâtir une école neuve plus vaste et plus moderne. Il leur faut un grand terrain de 20m x 15m. Cela suffirait me dit-elle. Coût envisagé : 5 millions de CFA. Un emplacement convenable leur est déjà passé sous le nez. Une ONG anglaise aide l'association en envoyant des volontaires provenant de différents pays. Nous avons croisé un jeune américain du "Peace Corps".
Note : La municipalité vient de changer récemment de maire. En résultera-il quelque chose ? La mairie avait suscité depuis 1996 une agence de développement communal dont le site est particulièrement intéressant à consulter en contrepoint de la visite sur le terrain. On y découvre que les problèmes des quartiers sont bien connus des autorités municipales. Pourquoi est-ce que ça bouge si peu, si l'on en croit nos interlocuteurs ? Outre la question du financement, quels sont les autres obstacles et quelle est leur part respective ? Quels facteurs culturels par ex ? Nous ne pouvons pas répondre à cette question après un si court séjour, mais si certains lecteurs ont des éléments de réponse à nous communiquer...qu'ils en profitent pour nous éclairer ! Le commentaire est fait pour ça...

La maison de quartier donne un peu d'air à l'association de développement. C'est là que les jeunes filles apprennent la confection et la teinture du Batik. L'association y vend ses réalisations. Certains quartiers sont beaucoup moins bien lotis et ne disposent pas d'une surface bâtie pareille...
Conserverie à St Louis
Nous sommes accueillis par Mme Bâ, présidente. Ce petit atelier de transformation émane du Conseil de quartier. Il "témoigne de la volonté des femmes de s'émanciper" (Mme Bâ) Intérêt de mettre en place une activité de conserverie : à certaines saisons, les fruits et légumes peuvent être chers, il peuvent passer de 30 à 150 cfa/kg
Les débuts : en 2000, des femmes sont formées à l'activité. Première recette : 17 000 cfa, ce qui est très peu. Elles y renoncent d'ailleurs pour ré-investir cette somme dans la formation. La commune leur octroie alors un local dont la réhabilitation est financée par le "fonds de développement local". Ce local nous paraît exigü et les quantités traitées par les 5 ou 6 femmes employées ne sont pas énormes mais en progression : 150 litres / jour. Leur chiffre d'affaires a atteint 1.4 M de francs CFA l'an passé. L'affaire marche bien du fait de la qualité du produit. Leurs clients sont - outre des particuliers - l'université, les restaurants, les hôtels. Produits : des sirops (gingembre, bissap, mangues), des confitures (papayes, mangues, etc..) des conserves de légumes : macédoines, oignons, haricots, piments). Ils sont conservés dans une solution d'eau bouillie + du sel iodé, ou dans une saumure (vinaigre + sel) Les pots en verre et flacons divers doivent être achetés à Dakar (coût de transport).
La volonté de progresser méthodiquement s'affiche sur les murs : on y lit sur des affiches manuscrites l'analyse des points forts et des points faibles de l'entreprise, la stratégie à mettre en oeuvre pour progresser... Nul doute qu'elles y arriveront.
Une fois encore, après le chef du quartier des pêcheurs, après la patronne des femmes transformatrices de poisson, après la présidente de l'association du Quartier de Diamaguène, nous sommes en présence d'acteurs lucides, dynamiques, décidés à progresser. La ressource humaine est là. Alors, le fatalisme africain ? Une plaisanterie ? un mythe occidental ? ou une composante de l'âme collective, mais pas la seule, et peut-être sous forme récessive... Il faudrait entendre des africains eux-mêmes sur ce sujet...
Il n'est pas indifférent de constater que ce sont souvent des femmes qui prennent les choses en main. Mieux que les hommes elles savent tout l'enjeu d'une modernisation réfléchie du pays : leur propre liberté...
Les enfants talibés
En arabe, talibés veut dire "étudiants" (c'est le même mot que talibans). Ces enfants mendiants que l'on rencontre dans beaucoup de villes du Sénégal sont l'un des aspects saisissant de la pauvreté du pays et heurtent immédiatement la sensibilité de l'européen de passage : mendicité de très jeunes enfants, crasse, habits parfois loqueteux, pieds nus, détresse.... Chez nous l'enfant est roi. Un peu trop peut-être.
Ils sont censément envoyés par leurs familles (à Dakar, la majorité viendrait des pays voisins) pour se consacrer à l'étude du Coran sous la férule d'un maître (marabout) et apprendre à se débrouiller en renonçant aux biens de ce monde. Ils tirent leur subsistance de la mendicité et c'est un devoir pieux que de les entretenir (l'islam prescrit l'aumône). Ce mode de vie doit être une ascèse. A y regarder de plus près, les motivations des familles ne sont pas toujours spirituelles mais matérielles : l'Afrique se paupérise (en dépit de ses 5,8% de croissance par an, qui ne vont pas dans la poche du peuple). Les familles pauvres n'ont donc pas de quoi nourrir toutes les bouches. Les envoyer auprès d'un marabout qui les prend comme "étudiants" peut être une solution tentante.
Nous nous rendons dans le quartier où se trouve l'une de ces "daaras" (= écoles coraniques) dont l'effectif est important : on nous annonce 150 enfants et ados, enseignés ici. Un homme jeune nous reçoit et nous met en garde contre une approche simpliste : devenir talibé n'est pas qu'un effet de la pauvreté, c'est un trait culturel et un aspect de la formation de l'homme. il nous assure que certains riches sénégalais sont d'anciens talibés et envoient leurs enfants à cette dure école de la vie, bien qu'ils aient les moyens de les élever. Mais la grande majorité est d'origine pauvre.
Une soixantaine de gamins apprenant des versets écrits sur des tablettes, sont là dans la rue, adossés contre les murs. Tout à l'heure, ils iront mendier. Ils viennent d'être délogés de la maison qui leur servait d'abri car la construction va reprendre. En fait, beaucoup de ces "écoles coraniques" fonctionnent sans locaux propres et sans budget. Elles s'installent dans les maisons vides inachevées, mais qui offrent un toit de préférence. La construction ici peut durer longtemps puisque peu de sénégalais ont les moyens de tout bâtir d'une traite... Le propriétaire de la maison en construction peut se prévaloir de faire une oeuvre pie en hébergeant temporairement ces talibés. Où dormiront ces enfants ce soir ?
On nous explique que ces gamins sont souvent des souffre-douleur. Non seulement le maître coranique peut être très brutal avec eux et les battre, mais, en dépit de leur statut d'apprentis en religion, ils ne sont pas bien reçus partout : les gens se méfient d'eux, de leur saleté, des maladies dont ils peuvent être porteurs, du vol. Ils passent même parfois pour être de la "graine de marabout", c'est-à-dire des "jeteurs de sort". Sur le marché, on se méfie d'eux : on sait que pour survivre ils peuvent être amener à voler. Certaines familles compatissantes les laissent entrer pour se laver, mais ailleurs, ils n'auront pas forcément le droit d'utiliser les toilettes... .
Comment assurer une hygiène minimale quand on a rien, qu'on n'est pas grand chose ? On se lave dans le fleuve et on fait ses besoins où l'on peut...par exemple dans le fleuve aussi ! Quant on est malade...on attend que la maladie se lasse et s'en aille ... Le jeune qui nous pilote dans le quartier s'occupe d'un centre où l'on essaie d'adoucir la vie de ces talibés. Le but est de leur fournir des locaux où ils puissent se laver, recevoir une alphabétisation de base, et même rencontrer une infirmière si besoin. Ils ont aussi une salle de loisir où ils peuvent se souvenir qu'ils sont des enfants. Les 3 pièces que nous avons vues restent cependant bien modestes et ne peuvent accueillir que quelques dizaines de gamins, successivement. Mais c'est un début ! Au moins peuvent-ils dormir ici en confiance sans une trop grande promiscuité, car nous avons appris que ces enfants peuvent être victimes de violences sexuelles de la part des plus grands (bien que l'homosexualité soit sévèrement châtiée dans tous les pays d'islam ) qui de plus, propagent le SIDA . Passent aussi des enfants de diverses daaras, dont certains, lassés d'être battus, ont fui et n'osent pas retourner chez eux... Le responsable du centre sert alors de médiateur pour que l'enfant puisse ré-intégrer sans trop de problèmes.

Après avoir nous-mêmes rencontré la même réalité sociale, nous pourrions être tentés de conclure que ces écoles coraniques ne sont que des lieux où prospèrent l'obscurantisme, l'exploitation des enfants, la misère, sous couvert d'une pseudo-instruction religieuse : les enfants récitent des versets en arabe classique qu'ils ne comprennent même pas ! L'interprétation n'est pas forcément donnée, elle peut être réservée aux plus grands.
Mais pour conclure sur un phénomène, il faut le connaître à fond. Ce serait aller vite en besogne que de mettre toutes les écoles coraniques dans le même lot.
L'exploitation des enfants par des marabouts (ou des pseudo-mararabouts) existe, mais est-ce un phénomène marginal ou répandu ? Est-il en extension du fait de la paupérisation d'un nombre croissant de familles africaines ? Le pays le combat-il et comment ?
A Thiès (photo), quelques talibés se montraient très curieux de notre passage. Ils étaient à coup sur pauvres, mais malheureux, ce n'est pas sûr... Quand l'instruction sera à portée de tous les enfants, quand la hausse du niveau de vie dissuadera les parents d'envoyer leurs enfants dans la rue, ce problème sera en voie d'être résolu...
Chez nos hôtes sénégalais
Après quelques jours en auberge, rien de tel que de vivre chez l'habitant pour découvrir plus concrètement le mode de vie local et nouer des liens. Des enseignants sénégalais ont donc été sollicités pour recevoir leurs confrères européens. Presque tous ceux qui ont été reçus y retourneraient volontiers tant l'accueil a été chaleureux .
Pour ma part, j'ai fait connaissance avec Aliou, un jeune collègue de 30 ans, enseignant en histoire-Géo. Son métier le branche particulièrement sur l'actualité internationale et chaque matin il écoute RFI (Radio France Internationale). Le soir les chaînes françaises sont également assez regardées, notamment pour les matchs de foot, tant sont nombreux les africains jouant en Europe. Depuis longtemps, le club fétiche des sénégalais est l'OM, pas seulement parce que Pape Diouf, le président, est un enfant du pays, mais parce que là aussi beaucoup de joueurs viennent d'AFRIQUE.
La présence d'Ajit, un collègue indien hébergé en même temps que moi par Aliou, fait rouler la discussion sur les films indiens. Ils sont très prisés ici, beaucoup plus qu'en France. Les acteurs sont connus et des clubs de fans de Bollywwod seraient nombreux...
Ce qui m'a surpris le plus pendant ce court séjour d'une journée et 2 nuits, c'est la convivialité africaine. A l'étage où loge notre collègue, il y a deux autres couples locataires. A l'heure des repas, tout le monde mange ensemble sur le grand pallier collectif , visiblement conçu pour permettre cette sociabilité.
Et dire que chez nous, c'est la solitude qui fait des ravages ! Ici, très peu de dépressifs, de suicidaires, de psychologiquement fragiles, parce que le groupe est toujours là pour vous soutenir. Personne ne vit seul et la vie privée existe à peine. Les africains tiennent beaucoup à cet aspect de leur culture et trouvent les relations humaines beaucoup plus pauvres chez nous ...
C'est donc Guenissir (au centre), l'épouse d'Abou (à droite), un collègue de français, qui régale tout le monde par d'excellents plats, toujours à base de riz et de poisson, mais avec des saveurs et des sauces variées. On fait ici de délicieuses préparations aux oignons dont j'aimerais connaître la recette !
Le soir, Aliou nous emmène faire un tour dans la vieille ville coloniale. Nous passons près d'un vieux bateau qui remontait le fleuve très amont avant qu'un barrage ne l'interdise. Ce rafiot a été retapé à neuf et sert actuellement a des fins privées ; la jet-set locale le loue pour des soirées . Il ne manque pas de charme. 
Nous passons près d'une belle mosquée qui a été refaite à neuf elle aussi. A ma surprise de voir une cloche accrochée à un pan de mur, Aliou m'explique que l'administration coloniale, trouvant gênant l'appel du muezzin, avait demandé à ce qu'on le remplace par une volée de cloche... Incroyable, non ?
Un peu plus loin nous sommes attirés par des rythmes et des chants... Nous nous approchons, et dans une arrière-cour, nous découvrons une troupe de jeunes filles en train de répéter une danse, sans doute pour une fête d'école. D'autres spectateurs sont là. La danse est d'une fascinante beauté, lente, avec des déplacements mesurés autour d'une calebasse posée à terre. Les joueurs de tam-tams, de sabars, de tambours, de djembés, sont d'une maestria qui laisse sans voix. La masse sonore trépide de sous-rythmes, de contre-rythmes, de syncopes inattendues, d'étirements, de contractions, d'échappées imprévisibles, d'accélérations... Les danseuses connaissent l'ordre implicite de toute cette syntaxe sonore et se coulent parfaitement dans le rythme... Je suis hypnotisé. Quoi de plus facile tout compte fait que d'entrer en transe avec des magiciens pareils ?
Comme il se fait tard, nous mettons le cas sur le domicile de nôtre hôte. En passant devant un marchand de maïs grillé, Aliou me demande : "tu connais?", non... je goûte... C'est bon.
Nous poursuivons notre chemin et je me demande ce que je vais pouvoir faire du trognon qui me reste en main. Pas la moindre poubelle en vue. La municipalié ne semble pas penser que c'est un accessoire indispensable dans une ville. J'ai soudain une idée lumineuse : les chèvres ! Mais impossible d'en croiser une seule, les gens les ont rentrées... je rentre avec mon trognon dans la poche...
16 avril : au Lycée CHARLES DE GAULLE
 Aujourd'hui 4 classes à rencontrer pour parler des objectifs du millénaire : lutte contre la pauvreté, pour l'égalité des sexes, l'accés aux soins, à l'éducation, etc...
Nous nous rendons donc à pied au Lycée Charles de Gaulle. L'université de St Louis s'appelle Gaston Berger. Le souvenir de la colonisation est particulièrement présent puisque -outre les noms de rue, d'établissements divers, outre le français comme langue officielle - les générations qui l'ont connue sont toujours là. Cela facilite spontanément la création de liens, mais ça met un peu mal à l'aise les anciens colonisateurs que nous sommes. Les sénégalais paradoxalement ont l'air plus à l'aise que nous avec ce passé. Ils n'oublient rien, mais n'en font pas un obstacle à la communication avec nous. Nous n'aurons pas le temps de discuter de cet aspect de nos rapports mutuels, mais par le biais d'internet, il serait possible d'en débattre...
Le lycée occupe un espace immense.
J'assiste à un cours malicieux d'Aliou sur la décolonisation et "la fin du mythe de la supériorité de l'homme blanc". Les fenêtres sont ouvertes, il fait beau, nous ne sommes pas coupés de l'extérieur, les bruits entrent. C'est inhabituel pour moi et ça me paraît géner la concentration. Malgré tout la participation des élèves est bonne. J'y apprends au passage un chiffre : 2 millions de "tirailleurs" auraient été mobilisés par la France dans ses colonies... Le sait-on ?
Soudain, la porte s'ouvre sur un petit groupe d'élèves, le cours s'interrompt ... Ils demandent à mon collègue la permission de faire une communication et apprennent à leurs camarades qu'une élève sans moyens est malade, ils collectent donc de l'argent pour elle. La quête dans les rangs dure 3 minutes et ils partent. Les élèves ne sont sans doute pas très riches mais ils donnent quand même. Tout le pays semble fonctionner comme ça : à la solidarité, j'en aurai d'autres témoignages.
Le collègue avec lequel je rencontre les élèves étant indien, l'entretien se poursuit en anglais avec une classe de terminale qui a l'air de maîtriser la langue mieux que chez nous ! Ils ont 6 ans de pratique. J'en suis d'autant plus surpris que les professeurs ne disposent pas ici du matériel audio-visuel indispensable dans les langues... Le lycée ne dispose d'ailleurs que d'une salle informatique et depuis peu. Il faut s'acquitter d'une somme très modique pour utiliser un ordi...
En histoire-géographie, il n'est pas non plus possible de projeter des documents visuels : pas de matériel, et pas non plus de manuels ! Pas même pour l'enseignant... Quasiment pas de photocopies ! Profs et élèves doivent faire beaucoup avec peu. Les élèves qui s'accrochent et s'en tirent sont d'autant plus méritants.
L'éducation est donc un chantier prioritaire dans ce pays qui a bien conscience que c'est la clé du développement. Une rencontre ultérieure me donnera l'occasion d'y revenir...
Etonnant comme au bout d'une semaine on commence à se déconditionner. Le petit bourgeois qui vous hante en dépit de vous-même, se déshabitue (lentement) de son confort occidental et se montre moins susceptible. Les chèvres qui mastiquent un sachet plastique, les rues de sable, la foule, les bruits, la lumière, les odeurs du marché, les milans qui tournent, il en a fait son bagage quotidien...Il se sénégalise. Du coup son attention est libérée pour voir autre chose... vers GHELAKH - 17 avril Nous quittons St Louis pour gagner une ferme de la brousse proche. Revoilà la longue route parallèle à la côte. Soudain, coup de frein brutal : un mouton a eu envie de se faire la malle et a sauté d'un pick-up à distance devant nous ! L'animal n'a pas fait trois pas... Culbuté par la voiture suivante, il gît en travers de la route. Pauvre bête ! Les riverains accourent pour voir si c'est leur mouton qui a morflé ! Nous n'approchons pas. Un peu plus tard nous apprenons que l'animal ne pourra même pas être consommé, car le propriétaire n'a pas le temps d'attendre que la bête soit saignée dans les règles (précepte du Coran). Aucun musulman n'en mangerait.
En attendant nous nous désaltérons auprès de boutiquiers du bord de la route dans un petit village. Des enfants approchent et veulent se faire photographier avec nous. Assises à terre, de vieilles femmes vendent des sachets de cacahuètes à l'ombre de frênes-ormes qui sucrent l'air d'un parfum délectable. Je les vois soudain se pousser du coude et s'esclaffer en voyant l'une de mes jeunes collègues relever ses jupes (en présence d'hommes ! ) pour se tartiner les jambes de crème solaire. Ridicules ces jeunes femmes blanches ! 
ferme de GUELAKH - 17 et 18 avril
Il n'est pas question de risquer l'ensablement avec les petits bus, nos personnes sont donc confiées à des camionnettes : la moitié des toubabs aura une place assise, les autres dans le coffre !
En route pour 15 ou 20' de piste à travers une savanne arborée très sèche où nous ne croisons pas la moindre gazelle mais ces maudites chèvres, des chameaux et de belles vaches sahéliennes, en toute liberté évidemment. C'est là qu'on se rend compte que l'un des éléments structurants de nos paysages ruraux, c'est la clôture. Ici, rien de tel, la clôture est rare et l'espace immense... J'en reparlerai. C'est tout une civilisation la clôture ! Barratés par les tapes-culs pendant 15 ou 20' à travers les collines de sable sous un soleil de plomb, nous voyons apparaître une oasis de verdure ! C'est la ferme de GUELAKH.
Revoir ce vert dru au milieu de l'étendue minérale procure une vraie joie ! c'est une rafraichissante douche verte qui baigne nos regards ! La vie paraît tout à coup moins menacée en ces lieux. Et je me rends compte en écrivant cela, que je suis sous une légère tension : la vie me paraît difficile ici... C'est ce genre de tension (inconsciente) qui fausse la perception et peut induire une lecture tendanciellement négative...Voilà une épine à s'enlever du cerveau. 
Guelakh, c'est tout une zone plutôt qu'un village : 17 km² pour 1700 habitants, répartis sur une trentaine de hameaux. Celui où nous arrivons abrite 36 personnes dont 16 familles.
A la ferme, les lieux nous plaisent de suite. Nous nous installons. Certains choisissent l'exotisme de la tente de bédouins. On entend parfois blatérer les chameaux au loin. On commence à s'y croire. Tintin est sûrement passé par ici. Nous faisons connaissance avec Doudou (photo ci-dessous), l'âme du lieu. Tout en nous faisant découvrir le hameau, il fait le procès de la conception du développement qui a longtemps prévalu : " les 40 ans d'indépendance n'ont apporté que des résultats amers". Notre hôte ne mâche pas ses mots. Il parle de " cimetières de projets" dans des " endroits bien arrosés par les subventions" venant d'ONG ou du gouvernement. "Les africains ont toujours été assistés et n'ont pas pris leur destin en main parce que la manière d'aider n'est pas adaptée aux réalités africaines". Il faut inverser les rôles : "c'est l'africain lui-même qui doit être le porteur et l'acteur du projet et commencer par la base : acheter d'abord des pelles et des houes et non des grosses voitures..." 
Sa philosophie est faite : Il ne faut pas aller tirer la sonnette des ONG dès le départ (technocratisme inhérent aux projets montés depuis Dakar). Après, pourquoi pas si besoin et si l'on reste totalement maître à bord. Après cette forte entrée entrée en matière (le personnage est charismatique), Doudou nous explique le sens profond de son projet tel qu'il se développe depuis 10 ans ici : il s'agit ni plus ni moins que de rendre la vie rurale à nouveau attractive et d'atteindre un niveau de développement qui dissuade les jeunes d'émigrer en ville... La réussite de ce village pourrait en faire un modèle pour d'autres communautés rurales. De fait, beaucoup de monde est déjà passé ici depuis de simples ministres jusqu'à d'éminents éleveurs ou paysans...
Ce qui a été fait :
- Création d'une école adaptée aux besoins locaux. Ce que les autres apprennent en 6 ans, ici on l'apprend en 4, en veillant à adapter l'enseignement aux réalités locales : on parle de baobabs et non d'embouteillages. Le temps dégagé peut être consacré à d'autres apprentissages.
- Développement d'un autre mode d'elevage en passant de l'extensif à l'intensif. Ce village peuhl a abandonné le semi-nomadisme pour la sédentarité. Seule solution pour atteindre plusieurs objectifs : optimiser le rendement du cheptel, et rendre la vie rurale compatible avec la protection de l'écosystème. Ce point sera développé plus bas.
- ouverture d'un centre d'apprentissage pour partager leur expérience et donner un métier aux jeunes avec différents ateliers : menuiserie, teinture, confection (co-réalisation avec l'association lilloise LE PARTENARIAT), agro-élevage (formation en 4 ans, 3 promotions sorties, mais formation pas encore reconnue par l'état. Ces jeunes sont appelés à être la relève.

- Installation d'un petit centre de soins avec une infirmière et qui sert aussi de maternité.
- Création d'une entreprise de busage de puits
- un jardin expérimental qui profite de l'apport azoté produit par le confinement des bêtes : le fumier.

- un lieu de réception des groupes qui permet de mettre en place un "tourisme solidaire". C'est là où nous logeons. (tarif tout compris : hébergement+repas : 10 000 cfa/jour/personne, soit 15 €)
- des activités de formation en direction du public adulte : en agro-élevage, en animation rurale (porteurs de projets, fermiers intéressés par l'expérience de Guelakh et qui souhaiteraient la reconduire ailleurs), en diététique et en hygiène de base (pour les femmes).
La ferme
 Les peulhs étant traditionnellement des éleveurs nomades, ne disposent pas d'installations permanentes dont ils n'ont pas besoin. L'élevage sert moins à la viande qu'à la production de lait. A Guelakh, des locaux spacieux ont été bâtis pour rompre avec ce modèle : les bêtes ne divaguent plus partout, on les nourrit et on transforme leur lait en fromage, qu'on consomme ou qu'on vend.
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Ce parti-pris de production fromagère à conduit Doudou à
rechercher en Europe des animaux performants sur le plan laitier, car la vache sahélienne résistante au climat, produit très peu de lait (logique : elle est sobre sur le plan alimentaire). Il cherche donc à créer des animaux associant les qualités des animaux d'ici et des animaux européens. C'est ainsi que nous avons vu une Holstein dans ce milieu sahélien !
Les résultats sont encourageants : les vaches issues de la sélection peuvent donner jusqu'à 10 litres de lait par jour. Pour ici, c'est beaucoup.
Des chèvres venues de France et de Belgique (race Saanen) donnent 3l / jour alors que la race locale ne donne qu'un 1l / jour. Un espace de traite et une fromagerie ont été installés pour rationaliser le travail.
J'observe qu'en saison sèche, ces animaux sont nourris avec des graines d'acacias qui abondent dans le village.
La ferme de Guelakh est devenue le 2eme producteur de fromage de chèvre au Sénégal. Ce sont les femmes qui sont chargées de la vente, ce qui leur procure un complément de revenu.
Le passage à l'intensif a été commandé par une réflexion portant aussi sur la préservation du milieu. Le problème ici, c'est l'aridité croissante, l'avancée du désert, liées certes au réchauffement global mais aussi au surpâturage : quand le végétal disparait, le climat durcit. Comment le milieu pourrait-il se régénérer avec une telle quantité de brouteurs errant partout ? La moindre pousse issue d'une graine est inéluctablement condamnée. D'où la nécessité de confiner les bêtes, d'imposer des zones de réserve où les bêtes ne vont pas, de reboiser, de restaurer une biodiversité disparue et qui fait défaut aussi sur le plan des ressources médicinales. La clôture fait donc son apparition. C'est une révolution culturelle !
Une autre opportunité s'est ouverte avec l'irrigation permise par un barrage proche. La riziculture est devenue possible. La mise en culture concerne pour l'instant 34 ha. 147 producteurs sont encadrés.
Ce projet lancé initialement par la mise en association de 400 personnes est maintenant bien rôdé même si les expérimentations et les initiatives ne tarissent pas. Il force le respect.
13 fermes fonctionnent désormais sur le même modèle intégrateur. L'expérience a essaimé... Nous quittons la ferme admiratifs et pleins de l'espoir qu'elle fasse davantage d'émules...
19 avril - Parc de DOUDJ
Est-ce qu'on va rencontrer ici la mythique Afrique ? Celle de la nature omniprésente qui vous en impose par sa force, sa vitalité, ses dangers ? Celle qui hante notre imaginaire d'enfant... En fait cette Afrique là existe encore mais elle est partout en repli. La prolifération des armes automatiques en Afrique a mis à mal les grandes populations de mammifères, tant les prédateurs que les herbivores... Désormais toute cette vie sauvage ne survit au Sénégal que dans les parcs.
Au DJOUJ, situé un peu au nord de St Louis, c'est l'avifaune qui est remarquable.
Dans son delta, le fleuve Sénégal se divise en de multiples bras à travers des forêts de palétuviers. Ce type d'interface eau salée / eaux douce / terre est partout dans le monde d'une grande richesse écologique.
Ici le spectacle peut toucher les moins intéressés par les oiseaux. Peu farouches, des dizaines d'espèces se laissent admirer de près. Le site est d'importance internationale : certains de nos migrateurs viennent hiverner ici (par exemple les hirondelles). C'est même le 2eme parc ornithologique au monde pour l'abondance et la diversité d'oiseaux .
Les oiseaux d'eau sont ici en leur royaume : oies de gambie, pélicans, aigrettes, cormorans, hérons variés, sternes, guifettes, aigles-pêcheurs, busard des roseaux, poule sultanes, dendrocygnes, échassiers de toutes sortes ... 
Sur le bord des phacochères labourent le sol. Deux vaches sahéliennes qui paraissent égarées ici, entreprennent de traverser le bras d'eau. Est-ce qu'elles ont vu les crocos ? Apparemment non. Ceux-ci se montrent tout de suite intéressés et mettent le cap sur les ruminants. Nous nous attendons - avec appréhension tout de même ! - à une séquence d'anthologie... mais rien ne se passe ! Les crocos ne se semblent pas assez costauds pour passer à l'attaque, ils sont trop jeunes. Le redoutable crocodile du Nil n'honore pas toujours sa réputation. Un autre prédateur habite le parc mais nous ne le verrons pas : le Python de Sebae, deuxième plus grand serpent au monde après l'anaconda. Il mange de jeunes mammifères...

 Le soir une fête est donnée en notre honneur dans la cour d'un ancien lycée colonial, aujourd'hui lycée de jeunes filles. La fête est un SABAR, mot qui avant de désigner une danse, désigne d'abord un type de tambour. Deux danseurs sont particulièrement époustouflants. Ils représentent les lions et dégagent une énergie incroyable, se désarticulent et dansent comme s'ils étaient possédés. Quant à un troisième monté sur échasses, il représente sans doute un esprit, mais lequel ?
20 avril - Visite au Collège de ROSSO
Nous quittons St Louis pour remonter le cours du fleuve Sénégal par la route. destination : Rosso, Richard-Toll et juste à l'est : DAGANA ( non figuré sur la carte ).

Rosso est un petit bourg frontalier au nord-est de St Louis. De l'autre côté du fleuve, c'est la Mauritanie.
Nous y visitons un collège pourvu du strict minimum : les murs, le toit de tôle, le mobilier de base ... Il manque l'électricité !!! Elle avait pourtant été promise par les autorités... C'est le premier sujet de plainte, tant des élèves que des professeurs. Pas d'informatique possible sans électricité.
Pas de salle des profs pour les 25 enseignants qui exercent ici. L'un des locaux les plus récents est un don du Japon.
Comme le lycée de la ville n'est pas encore construit (mais les terrains sont réservés), le collège continue d'accueillir ses propres élèves passant en seconde, première et terminale... L'enseignement technique semble peu présent dans ce pays. il est en tout cas très mal représenté au niveau de l'enseignement public. Aux dires des enseignants rencontrés, il serait essentiellement le fait de formations privées.
Autre caractéristique : les filières littéraires sont sur-représentées : 30% seulement des élèves choisissent les sciences ! Le matériel pour l'enseignement scientifique semble rare ou inexistant et quand il existe, il n'est pas forcément utilisé (ex des microscopes du lycée Charles de Gaulle à St Louis).
Comme à St Louis, pas de manuels ni de matériel pédagogique. Certains élèves n'auraient pas de quoi acheter un cahier. Les élèves étant sans manuels, les profs photocopient ... leurs propres photocopies. Certains collègues ont pu s'acheter le manuel et revendent aux élèves une photocopie (1000 cfa = 1,5€).
En dépit de ces conditions difficiles, les résultats des élèves sont nettement supérieurs à la moyenne nationale. Ils sont méritants !
Les enseignants ( tous bivalents ) chargés du niveau collège peuvent n'avoir que le bac, mais pour les lycéens, il faut avoir au moins 2 ans d'études universitaires. Beaucoup commencent sans formation pédagogique. Ils peuvent se former par le "réseau africain de développement" par des cours à distance ou en "intensif" pendant une semaine. A défaut d'une vraie formation, les enseignants n'ont pas le même salaire et ne peuvent revendiquer le statut d'enseignant. Ils font seulement "fonction de ".
Avec 312 filles sur 700 élèves on peut dire que la parité est à peu près respectée entre garçons et filles chez les élèves, mais pas chez les profs : 3 femmes sur 25 enseignants (elles enseignent les langues).
Le midi chacun rentre chez soi et les cours reprennent à 15h.
A ROSSO, nous passons voir une maternité. Ici, on pratique en moyenne 3 ou 4 accouchements par jour.
Aucun médecin dans ce poste de santé qui dessert une population de 15 000 habitants ! Mais c'est la moyenne de l'Afrique ... Le pays manque cruellement de personnel et de lieux pour la santé. Et dire que les filières scientifiques sont délaissées dans la formation des jeunes !
Les maladies les plus présentes sont le paludisme et la bilharziose.
RICHARD-TOLL et la compagnie sucrière
Le Sénégal a souhaité s'affranchir de la nécessité d'importer du sucre de l'étranger dès les années 70. Dans la vallée du fleuve Sénégal, la zone de RICHARD TOLL (c'est le nom de la ville) a été retenue pour la culture de la canne à sucre et une usine construite.
L'installation est considérable. Nous sommes en présence d'une unité agro-industrielle de très grande taille qui fournit 110 000 t de sucre (sucre en morceaux et sucre cristallisé) sur les 140 000 consommées par le pays.
A la question : "d'où viennent les capitaux ? ", on ne s'empresse pas de me répondre, mais je finis par apprendre que l'unité appartient au groupe jean-Claude Mimran, un groupe français. Voilà qui donne lieu à enquêter... (Il suffit de taper ce nom sur Internet pour apprendre aussitôt que : "Ces Français installés en Suisse règnent sur un empire africain du négoce avec des intérets dans le sucre, les céréales, le transport...".)
L'usine est d'une importance vitale dans la région : 5000 emplois fournis pour un travail de novembre à juin. Après la saison de récolte et d'extraction, ne restent que les techniciens de maintenance.
Conséquemment la masse salariale distribuée paraît importante : 10 milliards de CFA (+/- 20 millions de dollars). Au titre des charges, l'état récupère 12 milliards de francs cfa. En réalité, quand on compare au nombre de travailleurs, l'usine paye mal ses travailleurs ( un ouvrier gagnerait 75 000 francs cfa bruts et 55 000 nets / mois = 83 € / mois nets ).
Elle est d'ailleurs assez mal vue par la population locale, partagée comme ailleurs, entre le souci de conserver un travail et l'envie de protester contre une mono-industrie toute puissante qui pollue, confisque les terres et paye mal... Sans parler du pouvoir d'influence que peut exercer une telle entreprise sur les élus locaux... qui doivent lui manger dans la main.
Nous nous rendons sur le terrain pour voir la canne à sucre. Le paysage a quelque chose de manichéen ici : d'un côté le désert et de l'autre la prospérité des champs de canne à sucre irrigués. 
L'eau vient bien entendu du fleuve éloigné de 10 kms mais depuis lequel on a tiré un canal d'adduction qui l'approche à 4 kms. De puissantes pompes font le reste et l'amènent au sein même des parcelles.
8000 ha sont irrigués au goutte à goutte. Une technique qui offre le double avantage d'utiliser au mieux la ressource en limitant l'évaporation (un hectare de canne à sucre consomme 2200 m3 en un an) et qui limite aussi le lessivage du sol avec les risques de pollution liés (engrais et phytosanitaires). Un technicien indique tout de même que les effluents seraient responsables de 5 % de la pollution du lac de Guiers chargé de l'approvisionnement en eau de ... Dakar !

On est ici en présence d'une culture hi-tech qui a intégré la nécessité agronomique d'en passer par les méthodes les plus écologiques possibles pour maintenir la structure des sols. La fertilisation se fait avec des engrais organiques (urée par ex) et une partie des déchets végétaux est restituée au sol (racines) . La qualité des sols est régulièremement suivie par des analyses pédologiques. Le technicien que j'interroge m'assure que la teneur en matière organique du sol est en augmentation depuis la mise en culture. La teneur des nappes phréatiques en minéraux est également suivie.
Un système informatique gère l'irrigation de la parcelle en croisant plusieurs critères : la météo, l'âge de la plante, le type de sol. La mise en oeuvre d'un tel type d'irrigation est financièrement très lourd mais économise 30 % de la ressource en eau. Pour le rentabiliser, il leur faut atteindre le seuil de 130t de récolte / ha / an (actuellement : 125t ).
Problèmes de maintenance évoqués : les tuyaux risquant toujours de se boucher (algues), un produit acide est diffusé dans l'eau (fréquence, quantité , effets ?). Par le même canal passe aussi un pesticide contre les parasites du sol. Dans le dernier mois, c'est un bloqueur de croissance racinaire (une hormone donc ?) qui est injecté. On pratique ici une écologie bien tempérée...et on nous dit ce qu'on veut ...
La croissance la canne s'effectue sur 12 mois. Avantage par rapport à une culture de céréale : le même plant (bouturé) va produire pendant 5 ans ... Etonnamment, les parcelles de canne à sucre supportent la monoculture (c'est ce qu'on nous dit !) : pas de rotation culturale.
A 11 mois une analyse révèle la teneur en sucre des cannes. La récolte peut être alors programmée. Elle se pratique de curieuse manière : les cannes sont pourvues de feuilles qui constitueraient un lest inutile pendant l'extraction en usine. On brûle donc la parcelle avant la récolte ! Il faut comprendre que le feu ne consumme pas les cannes elles-mêmes mais passe rapidement sur les feuilles... Il ne reste en place que des "baguettes" un peu noircies qui n'attendent plus que le passage d'une moissonneuse à peine différente des nôtres. Autre avantage : les serpents et autres bestioles dangereuses présents dans le champ sont brûlés ...
Au terme du processus d'extraction, les résidus fibreux (appelés bagasse) sont séchés et servent de combustible. On peut supposer qu'ils alimentent une petite centrale électrique interne puisque l'usine produit sa propre électricité (dans quelle proportion ?) et dispose ainsi d'un crédit carbone.
Une visite intéressante pour nous qui n'avons jamais vu ce type de culture, mais qui nous laisse sur notre faim concernant tout la réalité socio-économique de l'entreprise... A vrai dire, ce ne peut être des techniciens agronomes de l'usine que viennent ces informations...
En lien avec ce sujet : SUCRE ETHIQUE Sucre Ethique réunit les syndicats, les industriels et la société civile dans une dynamique de développement durable afin d’améliorer les conditions sociales et environnementales du secteur sucre-biocarburants- cogénération dans la perspective d’une économie globalisée.
La "folie" du baron Roger
Quand on découvre cette bâtisse à la périphérie de la ville de Richard-Toll, on est stupéfait et perplexe. Que fait là ce chateau? Il est né de la fantaisie du baron Jacques-François Roger, nommé commandant et gouverneur du Sénégal en 1822, un homme entreprenant qui s'est lancé dans diverses expériences agronomiques et horticoles au XIXeme siècle pour évaluer le potentiel agricole du secteur.
Le bâtiment est délabré mais encore visitable. On rêve de ce qu'il pourrait devenir après réfection. Nous apprenons que c'est justement à l'ordre du jour : les "compagnons du devoir" sénégalais vont venir travailler ici. En grimpant à l'étage nous dérangeons une colonie de grosses chauves-souris qui s'enfuient en protestant.
Autour du château, la végétation tropicale se fait luxuriante et contraste avec le désert tout proche. Ici se  combinent l'eau et la chaleur. Des arbres magnifiques et inconnus ombragent les alentours. Ils peuvent dater de l'époque du Baron.
Le marigot qui bordure le parc héberge de nombreux hôtes dont beaucoup d'oiseaux et des reptiles comme ce très gros varan aquatique qui plonge à notre arrivée mais se manifeste plusieurs fois par la suite. Je jette un coup d'oeil vers les frondaisons en pensant aux serpents. J'apprendrai ultérieurement que le boa a déja été aperçu ici.

 Dignité d'un bidonville dakarois
Finistère africain et grande ville prestigieuse, Dakar vampirise l'arrière-pays et au-delà. Nombreux sont les africains qui viennent ici tenter leur chance où s'en servent comme d'un tremplin pour un improbable départ vers l'Europe. En attendant ils y mènent une vie précaire dans les zones interlopes de l'immense ville où... dans un bidonville comme celui-ci.
L'occasion nous est donnée de voir le travail que fait une association dans l'un de ces bidonvilles dakarois, installé sur 2 hectares.
Nous y sommes introduits par l'un des responsables de l'association ENDA ECOPOLE, une ONG internationale, ici dirigée par une équipe sénégalaise. A l'entrée du bidonville, une gigantesque affiche est apposée ironiquement sur le pignon d'un immeuble qui surplombe ce quartier pauvre : Osez rêver...

Ici, tous se connaissent et mènent au fond une vie de village : communauté, entraide, souci de l'autre. Un résultat dû à l'esprit qu'insufflent les membres de l'ONG : la vie ici est subordonnée à l'observance d'un code de bonne conduite. Les alcooliques, les querelleurs, les violents sont mis dehors... A cette condition, la vie précaire d'un trop grand nombre de personnes devient possible. Les gens sont habitués à faire avec peu, dans le bidonville comme en dehors.
L'un des points critiques, c'est évidemment l'hygiène. L'association a réussi à obtenir de la mairie la création de plusieurs points d'eau . les pouvoirs civils ont appris à compter avec une association qui a montré sa compétence et sa combativité.
Ces points d'eau sont confiés à une gardienne qui perçoit une redevance modique pour le service rendu.
Le bidonville est un espace économique comme un autre : l'artisanat s'y porte bien. Comme sur le bord des routes, on trouve ici des menuiseries qui travaillent avec de simples outils à main sans recours à une machine à bois. Pour autant, le résultat n'est pas mal du tout.

Une fonderie d'aluminium occupe 3 ou 4 personnes. Vieilles marmites, cannettes, boîtes sont récupérées dans les poubelles et fondues dans des conditions très primitives. L'un des travailleurs a d'ailleurs été blessé par une explosion qui l'a privé de l'usage d'une jambe et l'a sérieusement brûlé aux bras. La fonte d'aluminium est ensuite versée dans des formes qui donneront naissance à de nouvelles marmites. Le résultat est évidemment loin d'être parfait : il faut ébarber et poncer longuement avant d'avoir un objet présentable.
Un garage occupe une équipe de jeunes qui apprennent ici la mécanique. Démonter un moteur de Mercédes ne leur fait pas peur. ils étaient d'ailleurs fiers de montrer ce qu'ils savent faire.
D'autres jeunes pratiquent un artisanat plus artistique : peinture, ferronnerie, sculpture... Des marchands de gros viennent s'approvisionner ici en objets qu'on retrouvera parfois en Europe...
La volonté de s'en sortir est encore décelable dans la création d'une école dans le bidonville. Une sorte de grand garage sert d'unique salle de cours.
Trois murs sur 4 sont équipés de tableaux. Il y a donc 3 niveaux en même temps avec des enseignants différents.... Les élèves se plaçant face au tableau qui les concerne... Les enseignants sont des bénévoles.

On peut lire tranquillement le Coran dans une ruelle du bidonville. On est loin de l'imagerie associée aux bidonvilles sud-africains "sans foi ni loi" et hyper-violents...(mais ça aussi, serait-ce une image formatée par les médias et loin de la réalité ?)
La vie ici est pauvre mais les habitants ont des ressources pour la rendre supportable : solidarité, petits boulots, respect des règles, recours à l'ONG pour les représenter face à la mairie ... qui lorgne sur le secteur pour d'éventuels projets immobiliers. L'ONG doit aussi anticiper cet avenir et envisager de la construction en dur avec une viabilité digne de ce nom...
Au total, une visite très émouvante pour nous non seulement parce que le dénuement humain est toujours une situtaion qui vous met à l'épreuve, mais aussi parce que ce bidonville n'est pas du tout le lieu de l'échec. Les gens y conservent leur dignité, le goût de la vie, le goût du travail bien fait, la volonté de s'en sortir. Ils sont capables de rire et de sourire... Nous n'avons vu que de beaux enfants aux joues bien pleines et pas de visages faméliques. La ration alimentaire paraît suffisante pour tout le monde ici. Même si la saleté menace de partout, les rues sont dallées pour éviter la boue en saison des pluies et les femmes sortent des barraques avec leur belles tenues africaines ("ici même les pauvres s'habillent" m'avait prévenu Fatou). On ne se néglige pas ...
Pas d'angélisme ! Ce résultat est largement dû à l'action pacificatrice et constructrice de l'ONG. Avant son arrivée le niveau de violence était tout autre...
21 avril - Centre MORGANE
Plus à l'intérieur des terres, mais toujours au bord du fleuve Sénégal, nous voilà à DAGANA, ville de 20 000 habitants qui vit surtout de l'agroalimentaire et du commerce avec la Mauritanie. Nous y avons vivité une unité de transformation des tomates en concentré de tomates. Visite désagréable par le vacarme qui y règne et empêche tout échange. L'usine n'a pas du tout été pensée pour que l'ouvrier y jouisse de conditions de travail convenables. On doit perdre de l'audition au bout de 10 années de travail ici... Il était pourtant facile de concevoir une meilleure gestion du bruit en évitant qu'ils s'additionnent en cloisonnant davantage.
 La bonne surprise par contre c'est le centre Morgane, du nom d'une jeune française qui a beaucoup fait pour qu'il existe dans son état actuel. C'est en fait un lieu polyvalent : une école mais pourvue de chambres qui permettent d'accueillir des séminaires, des groupes itinérants comme le nôtre.
Particularité de l'école : elle se renvendique du mouvement pédagogique "l'école moderne" fondé par Célestin Freinet. Autre particularité : elle est installée dans les meilleurs bâtiments d'enseignement que nous ayons rencontrés jusqu'à présent au Sénégal.
 Bioclimatique, l'architecture est belle et fonctionnelle. Comme on le voit sur la photo, les murs au sud sont protégés du soleil pour éviter qu'ils ne stockent la chaleur. De fait, en ce milieu du mois d'avril, il fait déjà 39° à l'ombre !
Le directeur nous fait rencontrer les différentes classes primaires de l'école. Les salles de cours sont belles, spacieuses et gaies. Pas étonnant que l'école doive refuser des inscriptions !
La pédagogie Freinet part beaucoup du vécu de l'enfant et de son questionnement. De plus, elle veille à rendre l'enfant actif, autonome et responsable, en commençant par tout ce qui concerne la gestion de la classe : lavage du tableau, vidage de la poubelle, entretien de la cour, gestion des cahiers, du temps de parole dans les débats, projet de classe, etc... Il nous est d'ailleurs donné d'assister à un conseil de classe qui doit faire le point sur la gestion contestée du matériel de classe : cahiers, gommes, livres, règles... Tous objets qui  coûtent chers ici... Or le compte n'y est plus... S'ensuivent des échanges nourris et d'excellente qualité qui montrent l'habitude de régler ainsi les problèmes par la discussion, l'argumentation, le respect des règles. L'enjeu pédagogique n'échappe ici à personne, et le directeur marque bien le lien entre l'apprentissage de la responsabilité ici et les besoins du pays au niveau du quartier, des associations, des mairies, etc... : c'est le citoyen de demain qu'on forme dans cette école.
Le problème qui m'avait sauté aux yeux dès l'arrivée à Dakar ( le manque de régulation générale au service du bien public ) finira par trouver son remède !
Il est à noter aussi que les élèves qui sortent d'ici sont recherchés par les collèges de la ville, car, outre leur niveau de connaissance (les enseignants sont de vrais enseignants payés par l'état), ils insufflent un esprit, une dynamique qui changent une ambiance de classe...
Les effectifs de ces classes de primaire sont corrects pour une classe du Sénégal : 21 élèves en CM2, en CE1 : 36 enfants (25 filles et 11 garçons). Dans les CP, on monte déjà à 39, 45 et 48 élèves ! D'ores et déjà l'aggrandissement des bâtiments est programmé. Le soutien d'une ONG y est évidemment pour quelque chose.
L'AGRICULTURE LOCALE
Occasion nous est donnée de rencontrer un agriculteur et économiste local : M. Jamar KANE. Il nous fait le portrait d'un département à vocation agricole et agro-alimentaire comme l'indique la présence de la compagnie sucrière et l'usine de concentré de tomates. C'est la présence du fleuve aussi bien que les types de sol à disposition qui consacrent cette vocation. Autour de Dagana, la tomate et le riz dominent. On produit ici annuellement 42 000t de riz et plus ou moins 25 000 t de tomates. 90 % de la population locale vit de l'agriculture. Les agriculteurs se regroupent par filières (tomates, riz, légumes..) et par syndicats, dont l'union gère les réseaux d'adduction d'eau. La filière s'occupe des programmes de plantation ou de semis, concertés avec les industriels transformateurs avant la campagne. Elle fixe le prix de vente et se réserve une contribution (pour la tomate : sur 48 F cfa / kg de prix de vente, 25 F cfa reviennent à la filière). Le riz local, concurrencé par le riz asiatique ne peut faire l'objet d'accord sur les prix : c'est le marché international qui fixe le prix. Les agriculteurs ont ici à faire face à plusieurs problèmes : Outre la concurrence étrangère évoquée, la gestion de l'irrigation pose problème : canaux et stations de pompage coûtent cher à installer et à entretenir, or l'état se désengage (doctrine libérale !). Le prélèvement d'une redevance sur le kilog de tomates ne suffit pas à abonder les finances de la filière à hauteur des besoins. L'accès aux engrais et à la mécanisation requiert des fonds (présence d'un Crédit Agricole local), or la trésorerie des cultivateurs est toujours "tendue" : les parcelles cultivées sont très petites (souvent moins d'un ha.) et il y a beaucoup de bouches à nourrir.
L'exploitation des terres cultivables conserve une dimension communautaire ancienne : les paysans ne sont pas forcément propriétaires. Ils sont regroupés en "sections villageoises", et c'est la section qui reçoit un quota de terres à cultiver. Elle le répartit ensuite entre ses membres. Si l'un de ceux-ci n'atteint pas le niveau de production prévu, il peut voir sa surface réduite l'année suivante. Notre conférencier évoque la distribution de 40 tracteurs l'année passée, et de 3000 pompes cette année. Faut-il interprêter cela comme des hésitations dans la politique économique menée par l'état ? En gros une politique d'inspiration libérale (ordre du FMI !), mais qui conserverait des pratiques socialisantes (comme du temps du précédent président Abdou DIOUF), pour "excuser" et adoucir ses options économiques ? Depuis avril 2008, ce gouvernement a lancé la Grande Offensive pour l'Agriculture et l'Abondance (GOANA), dont le but est de permettre au Sénégal d'accéder à l'autosuffisance alimentaire. Un programme qui se décline en plusieurs objectifs : maîtrise de l'eau, professionalisation du secteur, modernisation, reconstitution du capital semencier, protection des sols, développement des exportations... Nul doute que ce pays a la capacité d'y accéder : il y a les terres, une population rurale disponible, des acteurs économiques capables de relayer l'innovation économique. Mais une partie des cartes n'est pas dans les mains du gouvernement ni des acteurs locaux : ce sont les conditions du marché mondial et les rapports de force à l'Organisation Mondiale du Commerce qui peuvent faire la réussite ou l'échec d'une telle politique. Par ailleurs, on sait que la productivité du paysan africain en général est très faible (peu de moyens techniques). Au regard des surfaces cultivées par les familles de DAGANA, on devine que c'est particulièrement vrai ici... Faut-il souhaiter au Sénégal une évolution comme celle qu'à connue l'Europe à partir du 19eme siècle : une augmentation de la productivité, mais au prix d'un exode rural ? Qui déboucherait sur quoi dans ce pays ? Une situation socialement explosive ? j'ai déja parlé de l'afflux de population à DAKAR et des problèmes que cela pose... L'élevage aussi est évoqué par le conférencier. Il est globalement resté traditionnel en dépit des efforts consentis par l'état pour le moderniser, par exemple, par l'insémination artificielle au sein de fermes pilotes. Des races européennes (charolaise, Holstein, Montbéliarde) et brésilienne ont été croisées avec le cheptel local, mais les éleveurs peuls les boudent...Ils préfèrent leurs vaches qu'ils trouvent plus belles ! (C'est vrai qu'elle le sont !) L'agriculture sénégalaise se cherche, dans un environnement international de plus en plus contraignant et avec la variable climatique qui hypothèque l'avenir...Et pourtant la croissance démographique impose de trouver rapidement des solutions !
23 avril - une île
 Il suffit de 20' en bateau à partir de Dakar pour aborder cette petite île qui enchante immédiatement le regard de qui s'en approche : pimpantes maisons traditionnelles aux couleurs vives, palmiers verts, pas la moindre forme moderne pour insulter le regard, et toute cette riante palette posée entre deux bleus : celui de la mer et celui de l'eau. L'endroit a l'air calme, en dépit du passage... Car l'endroit est fréquenté : c'est ici l'île maudite de GOREE. 
Il y a longtemps que j'espérais la voir cette île de sinistre mémoire. Le lieu n'a rien à voir avec l'ambiance tragique et oppressante d'un Auschwitz ou d'un Oradour... La foule des vendeurs et des acheteurs de colifichets, de tableaux, d'objets artistiques, y fait règner une ambiance "consumériste" qui nuit aussi au côté "tabou" du lieu. Je crois que j'aurais aimé y trouver une atmosphère de recueillement... Mais il faut bien vivre en dépit du passé... L'ile, très petite, est restée à peu de choses près dans l'état où l'on laissée les générations d'esclavagistes qui se sont succédées ici. Les maisons qui ont abrité ce commerce humain, ses commanditaires, ses victimes, ses complices, sont encore là, décrépites et menaçant ruine pour beaucoup, mais tellement présentes...
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En un lieu l'île trouve son "centre de gravité" : la maison aux esclaves. On ne peut parcourir les cellules basses, puis les appartements des maîtres à l'étage sans être imprégné du malheur qui règne encore en ces lieux. L'endroit le plus émouvant étant la porte ouverte dans la muraille vers la mer, franchie par des  centaines de milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, partant pour un voyage de 2 mois. Les conditions de brutalité et d'hygiène atroces qui régnaient dans les navires négriers, ajoutaient au désarroi psychologique abyssal de ces gens arrachés à leur peuple. On estime que 10 % mouraient en route...
Des déportations et des mises en esclavage, il y en a eu partout dans le monde depuis la plus haute antiquité (citons pour mémoire celle des juifs en Babylonie), mais que penser de ce commerce qui culmine dans les années 1830 (60 000 départ cette année là), alors que la Révolution Française venait de proclamer quelques décennies auparavant les Droits de l'Homme, et que toute la philosophie des Lumières avait universalisé la dignité de l'être humain ? Il a fallu attendre 1848 pour que la France abolisse la traite...
 Des 10 à 12 millions d'africains qui auraient été débarqués en Amérique, tous ne passèrent pas par Gorée, évidemment...
Le dossier de l'esclavage et de la colonisation commence seulement à sortir des discussions des spécialistes pour devenir une préoccupation collective. Des téléfilms récents montrent que la mémoire des français a besoin de s'expliquer avec elle-même... Bordeaux vient d'ouvrir un musée consacré à cet aspect de sa prospérité passée. C'est le commerce triangulaire et celui du vin qui a financé l'édification de ces majestueuses demeures classiques qui font la réputation de la ville...
Deux livres essentiels à lire pour se documenter sur ces questions :
- Le livre noir du colonialisme, sous la direction de marc FERRO, Ed. HACHETTE, coll. Pluriel
- Les traites négrières, Olivier Pétré-Grenouillot, GALLIMARD, Folio histoire
Quelques observations synthétiques pour terminer :
Pauvreté mais pas misère. Comme l'Afrique dans son ensemble (voir tableau sur WIKIPEDIA), le Sénégal est mal classé au niveau de l'IDH (indice de développement humain) : au 173eme rang, cependant, nous n'avons nulle part rencontré de misère, même au coeur du bidonville. Plutôt la pauvreté.
La misère, c'est un degré d'abandon, de souffrance, de détresse, qui ruine l'être humain lui-même. Contre cela, les sénégalais sont bien armés et paraissent avoir une aptitude à la solidarité et au bonheur que nous avons perdus en Europe. Méfions-nous des appréciations fondées sur des indices statistiques un peu secs...
Concernant l'éducation : Nous avons rencontré des écoles très différemment loties. Entre la situation des écoliers de DAGANA, ou ceux du bidonville de DAKAR, c'est évidemment le grand écart... Le pays court après sa jeunesse (45% ont moins de 15 ans, l'âge médian est de 19 ans). Le gouvernement a pris le parti d'étendre au maximum l'offre d'alphabétisation et de formation, en envoyant dans les campagnes des gens non formés et ne disposant pas toujours du bac (ceux-là peuvent enseigner en collège) mais simplement du brevet... Est-ce le bon choix ? Impossible pour nous d'en juger. Le Sénégal a faim d'enseignants... Le taux global de scolarisation pour la tranche d'âge concernée s'améliore chaque année : on est passé de 19,6% (2000) à 39,2%. mais ne nous laissons pas abuser non plus par ce chiffre : que vaut l'enseignement si les profs sont mal formés ? Le taux de réussite au bac reste faible : 41.8%. Le pays crée des écoles et des collèges à marche forcée. Les établissements scolaires doivent parfois se partager alternativement les locaux. L'indigence dans ce domaine est criante et les pays du nord peuvent trouver là un domaine d'aide prioritaire puisqu'il conditionne tous les autres comme chacun sait : la santé, l'émancipation des femmes, la contraception, le développement économique, etc..
Citoyenneté sénégalaise Le "sénégalais" comme citoyen du pays, me semble encore "en construction". Les générations les plus âgées paraissent vivre encore à l'échelle de leur village, de leur clan familial, de leur ethnie... Elles ne sont pas allées - ou pas suffisamment longtemps - à l'école publique, laquelle aurait ajouté une enveloppe supplémentaire à leur identité, un plus grand dénominateur commun : la citoyenneté sénégalaise. Je suppose que, sauf pour une minorité instruite, la "citoyenneté", cette manière moderne d'être un acteur responsable dans la cité, avec ses droits et ses devoirs, doit leur paraître abstraite, irréelle. Du coup les synergies qu'on pourrait en escompter n'apparaissent pas... Cela explique probablement un certain immobilisme : en général, les gens ne revendiquent rien ou peu, ils s'adaptent à l'état des choses et patientent. On est loin du français râleur, prompt à s'associer, se syndiquer, solliciter médiateurs et délégués, à descendre dans la rue et à tout exiger de l'Etat... Cette philosophie de la patience a ses bons et ses mauvais côtés : certains en abusent... Les lampes grillées de l'éclairage public devraient être changées non ? C'est le passage massif par l'école qui fondera le goût d'assumer collectivement un destin et donnera une unité à ces peuples... Comme la population est très jeune, les choses pourraient changer vite. Je ne parierai nullement sur "l'immobilisme africain".
La politisation : Essentiellement le fait des urbains éduqués à ce qu'il me semble, pour les raisons évoquées ci-dessus. Le Sénégal est l'un des meilleurs élèves de l'Afrique en matière de pluralisme politique et d'alternance. Comme en attestent les nombreux tags et affiches politiques sur les murs des villes, les dernières élections ont intéressé la population : 50% de participation, c'est beaucoup pour un pays africain. Le parti au pouvoir suscite rancoeur et déception. Sa corruption est notoire. Les contre-pouvoirs sont en train de se mettre en place, le plus important de tous étant une société alphabétisée et éduquée. On peut difficilement croire que toute cette belle jeunesse partout rencontrée, et qui va pour moitié à l'école, reste inerte et laisse passer sa chance d'influer sur l'avenir du pays. Une société éduquée ne s'en laissera pas conter, elle exigera une organisation capable de régler d'abord les problèmes pratiques : un service de ramassage d'ordures inexistant ou inefficace, des rues mal éclairées aux chantiers interminables, le clientélisme, le scandale de ministres qui s'accaparent des terres dont on prévoit l'irrigation aux frais de la collectivité, etc...
Ouverture à l'extérieur Les jeunes africains que j'ai rencontrés sont grande d'une curiosité pour tout ce qui touche à l'étranger et d'une ouverture d'esprit qui m'a frappé. L'une des explications tient entre autres au fait que la diaspora africaine est considérable et plus seulement en Europe : toutes les familles ont quelqu'un par delà les frontières. Internet suscite l'espoir d'ouvrir sur fenêtre sur le lointain. A DAGANA, où le collège ne dispose même pas de l'électricité, les lycéennes m'ont dit rêver d'accéder au WEB.
REMERCIEMENTS
Je remercie l'association Le Partenariat de m'avoir permis d'effecteur ce séjour riche en découverte et tout spécialement Anne-Claire Guitteny sur qui a principalement reposé l'organisation du séjour. Je pense aussi avec gratitude à nos accompagnateurs sénégalais qui ont patiemment traduit et répondu à nos questions... Lahtif, Mody, Khadim, Khalifa et Elhadj, j'espère que vous me conserverez votre amitié. J'ai trouvé en vous comme chez vos compatriotes chaleur humaine, simplicité, naturel, bienveillance spontanée. Tout cela touche au coeur... L'européen est en comparaison tellement plus méfiant, plus masqué, plus perturbé, plus fragile en fin de compte... Ceux qui sauront panacher les cultures auront à charge de prendre le meilleur des uns et des autres. L'avenir a besoin d'eux...
Je remercie enfin Xavier Halosserie, dont le coup d'oeil attentif nous a permis de disposer d'une banque de photos considérable qui servi à illustrer ces notes.
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